À Émile Zola
Cher Maître et ami,
Vous allez sans doute recevoir une lettre du sieur Laffitte
1 à mon sujet. Voici pourquoi. Vous vous rappelez qu’une
Nouvelle m’a été demandée par lui et que je vous ai consulté sur la somme que je pouvais réclamer. Vous m’avez engagé à exiger 50 centimes ; ce que je viens de faire. Il a poussé de grands cris, disant « C’est ce que je paye Zola » et me laissant même entendre que vous pourriez trouver mauvais que je fusse payé autant que vous ! ! ! ! ! —
Je lui ai répondu tranquillement que cela ne vous étonnerait point, car je vous avais consulté et que vous n’aviez point jugé exagéré la somme de 50 centimes par ligne, attendu que Le Gaulois me payait plus largement de simples chroniques. (J’ai 125 fr. par article de 200 lignes environ).
Laffitte alors m’a dit : « Je vais écrire à Zola tout de suite pour le consulter ».
Voilà les faits.
J’ajoute que je ne tiens nullement à donner ma nouvelle au Voltaire. Mme Adam m’en demande une et je n’en ai pas. Je lui passerai celle-là.
Je vous serre bien affectueusement la main, mon cher Maître et ami, en vous priant de me rappeler au bon souvenir de votre femme.
J’ai tenu à ce que vous sachiez de quelle façon cet imbécile a pris le parti de s’adresser à vous.
1 Jules Laffitte, directeur du Voltaire.