Publication : Maupassant Guy de, Correspondance, tome III, p. 93, édition établie par Jacques Suffel, Le Cercle du bibliophile, Évreux, 1973, avec notes de l’auteur.
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À Alexandre Dumas fils

10, rue de Montchanin.
[Août 1889]
Mon cher Maître et ami,
Vous avez dû me croire fou et, en effet, la série des circonstances qui ont amené ma seconde dépêche est difficile à expliquer en détail. Je devais partir lundi pour Lyon où il faut enfermer mon frère dans une maison de santé, et je voulais, avant ce départ, aller vous serrer la main. Je m’étais donc promis de dîner chez vous samedi et de passer à Dieppe la journée de dimanche. Or, au moment où je montais en fiacre pour aller à la gare, je reçois une citation à siéger comme membre du jury de la Cour d’Assises ! ! ! ! ! session de fin d’août. Cela renversait tous mes plans et me mettait dans un gros embarras. J’ai donc envoyé ma seconde dépêche à Mademoiselle Jeannine, et depuis samedi je suis du ministère au parquet et du parquet au ministère. J’ai passé deux jours odieux au lieu des deux jours charmants que j’espérais. Voilà l’explication de ce bizarre changement qui a dû vous paraître un incompréhensible caprice. D’autant plus que je ne vous ai pas écrit tout de suite ; et je ne vous ai pas écrit parce que je n’ai pas eu le temps de le faire.
Encore mille excuses, mon cher Maître et ami, croyez à mes sentiments les plus affectueux et présentez mes compliments empressés et respectueux à ces dames.
Guy de Maupassant