À Louis Le Poittevin
Mon cher cousin,
Je trouve si surprenante la prétention de me faire payer le chauffage du calorifère pendant mes absences de Paris, en dépit de nos conventions bien arrêtées et de nos conversations, que je préfère ne pas la qualifier.
Quant au chauffeur, aucun doute n’existait et ne pouvait exister ; il n’en a jamais été question pour moi. Je n’ai pas été consulté. J’étais absent. Ta femme et toi m’avez parlé de cet ennui que vous causerait l’éloignement, l’absence de François
1. Tout cela était sans contestation et sans discussion possible, parfaitement clair entre nous. Je ne puis donc accepter le procédé que tu emploies envers moi, et je dois me rappeler que sans mon intervention très vive, mon père et ma mère auraient absolument rompu avec toi à l’occasion de ta manière d’agir dans une certaine question d’intérêt relative à l’héritage de mon grand-père.
Comme je ne veux pas d’explication pour cette affaire de chauffage et qu’il ne peut y en avoir, étant donné la tournure que prend cette question, je vais remettre les pièces entre les mains de mon avoué, M. Jacob, 4 rue du Faubourg Montmartre, dès que je serai revenu de Normandie, où je vais passer huit jours environ. À tous les points de vue, une décision judiciaire me conviendra. Aucun doute, je le répète, ne pouvait exister. Il n’a jamais été question du chauffeur pour moi. J’ajoute que tu n’as jamais donné à mon domestique la petite gratification annoncée par ta femme et par toi, alors que moi je donnais dix francs par mois à toutes tes bonnes, rien que pour ouvrir ma porte en mon absence.
Quant au sous-locataire, je n’ai pas à m’occuper de la question de calorifère pour lui. J’ai eu une entrevue spéciale avec Lucie, où il a été décidé que j’indiquerais la condition suivante : le feu allumé à frais communs du 15 novembre au 15 avril, le règlement du compte ayant lieu sur place, sauf dans les cas où le payement n’aurait pas lieu.
Mais je ne retiens de tout ceci que ton procédé, et je fais le bilan de nos relations.
Je constate que j’ai empêché ma famille de rompre avec toi une première fois. Que j’ai payé tous les frais incombant au propriétaire
2...
2 La dernière partie de cette lettre manque. C’est à la suite de ce différend avec son cousin que Maupassant prit le parti de déménager et d’aller s’installer 14, avenue Victor Hugo (Cf. Souvenirs de François, chap. XV).