À sa mère
Ma bien chère mère,
Deux mots seulement pour te dire que l’affaire de Nice n’est pas finie. Madame de Maëyer me fait demander de venir la traiter directement avec elle. Ta lettre me décide à aller à Étretat voir tout ça de mes yeux. Il fait d’ailleurs si mauvais — pluie, vent, froid — que j’ai du feu. Je n’oserai pas aller à Plombières en ce moment. Il faut de la chaleur dans ce vallon de montagne.
Je t’enverrai un tas d’articles sur Notre Cœur, dès que j’aurai pu remercier les journalistes. Tu me les renverras. La publication dans la Revue fait tout de même du tort à la vente. Les gros libraires de Paris me disent que parmi mes acheteurs fidèles 6 sur 10 l’ont lu dans la Revue et ne prennent pas le volume. Un autre inconvénient est celui-ci. Tout le bruit — et il a été énorme — se fait au moment de l’apparition dans la Revue des Deux Mondes ; et on a fini d’en parler quand le volume arrive. Malgré tout cela la vente marche, quoique ralentie, et elle passera, je crois, celle de Fort comme la Mort, qui est à trente-deux mille. Ça a été cependant une excellente chose, en principe, pour moi que Notre Cœur dans la Revue.
Le public spécial de ce périodique me connaît, et m’achètera plus tard. J’y ai gagné des lecteurs.
Je t’embrasse bien tendrement, ma très chère mère. J’embrasse Simone. Mille choses à Marie-Thérèse.
Je ne couche pas encore rue Boccador, où on porte, chaque jour, mes meubles. Ce sera joli et confortable. Je m’y installe samedi, mais j’y passe mes journées.