Publication : Maupassant Guy de, Correspondance, tome III, pp. 314-316, édition établie par Jacques Suffel, Le Cercle du bibliophile, Évreux, 1973, avec notes de l’auteur.
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De Gustave de Maupassant à Me Jacob

Ce mardi [1893.]
Monsieur,
C’est mon ami et mon représentant qui vous remettra cette lettre. Quand vous aurez quelque chose de pressé à me communiquer vous pouvez avoir recours à lui. Il vous lira des passages de la lettre que je lui écris ; vous pouvez vous entendre avec lui, cela avancera bien les choses. Vous remettez à février la vente des livres ? Pourquoi ne pas faire une seule et même vente ? Guy avait, je crois, une bibliothèque bien ordinaire. Depuis la mort de Guy, M. Lavareille1 n’est rien que le représentant de Mme de Maupassant, et vous, M. Jacob, avez tous les droits... C’est donc à vous qu’on doit s’adresser pour faire marcher cette liquidation. Comme nous sommes tous les trois d’accord, je désire en finir et être mis le plus tôt possible en possession de mon quart, sauf à laisser plusieurs choses, s’il le faut, dans l’indivision. Si d’un côté vous rencontrez des obstacles, je ferai demander au tribunal, alors, qu’il les lève et qu’on partage au moins les valeurs... Entendez-vous pour tout cela avec mon représentant. Je vous le répète, cela marchera bien plus vite. M. Dr Andon [?] est chargé par moi de vous montrer toutes les contradictions qui ont eu lieu dans les lettres écrites à propos de la publication de l’Angélus et de Après ! Quant au lit que vous me faites proposer, je refuse parce qu’il a de la valeur. J’avais pensé à le racheter à la vente pour l’enfant, mais mes moyens ne me le permettent pas, et ensuite, ce qui coupe tout, c’est que chez moi il n y a pas une place pour le mettre. J’accepte la proposition de Mme de Maupassant pour les portraits ; je les garderai chez moi pour l’enfant ou Mme de Maupassant les prendra, à son choix.
Mon quart doit être intact ; l’enfant doit faire tous les frais du legs à Mme de Maupassant. Si donc celle-ci choisit pour un millier de francs d’objets, je ne dirai rien, mais si cela devait aller à six ou dix mille, je n’aurais pas le moyen [sic] de faire pareille générosité. Il faut, je le répète, que je puisse élever ma famille ; ainsi vous me dites que Mme de Maupassant a l’intention de prendre comme souvenir des objets sans valeur, des objets qu’elle avait donnés à son fils ? Et bien, dans ces objets-là il y a justement une garniture de cheminée Sèvres, pâte tendre ; les vases sont inférieurs mais la pendule est très belle et atteindra des prix très élevés : 5 à 6 mille francs ; de même une pendule Louis XVI, etc. etc. Dans ce cas je serais forcé de demander une contre-expertise. Vous-même, comme subrogé tuteur de l’enfant, il me semble que dans l’intérêt de l’enfant vous devez marcher d’accord avec moi. Moi, à la vente, je ne veux faire racheter que des choses insignifiantes : les jumelles de marinele baromètrele fusilun petit meuble qui était dans son cabinet de travail, dit chiffonnier, où il mettait ses notes. Plus deux de ses tentures qu’il avait l’habitude de jeter sur ses canapés. Si cela ne monte pas au delà de la valeur et que j’aie quelqu’un à la vente, Madame d’Harnois par exemple, ou tout autre, je prierai de me les faire racheter.
Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de ma considération très distinguée.
Gustave de Maupassant
Villa Simone
Sainte-Maxime-S/M (Var).

1 Administrateur judiciaire.