Publication : Maupassant Guy de, Correspondance, tome III, pp. 238-239, édition établie par Jacques Suffel, Le Cercle du bibliophile, Évreux, 1973, avec notes de l’auteur.
Lettre précédente : 716 Lettre 717 — Lettre suivante : 718
Sommaire chronologiqueSommaire alphabétique

À Henry Cazalis

Aix-les-Bains [septembre 1891].
Je suis si atrocement malade que je ne sais plus que faire. Je suis certain que l’antipyrine le Bromydhrate de quinine et le Bromure de sodium dont chaque étape de ma crise de toux a suivi l’absorption, m’ont remis l’estomac dans l’état où je l’avais en quittant Paris.
Hier j’ai dîné ou plutôt essayé de dîner à la Villa des Fleurs, les douleurs du ventre sont devenues instantanément si vives et la toux si violente que j’ai dû rentrer chez moi. Je crois d’ailleurs qu’ils m’ont empoisonné avec une eau minérale pourrie. J’avais demandé du Condillac. On m’apporte une bouteille que je regarde à peine. J’avais très soif. Je verse, je bois brusquement presque un verre, et je m’aperçois que j’ai avalé une eau d’une puanteur de putréfaction.
Je suis parti mais cela n’était qu’un accident de plus. J’ai toussé dans mon lit jusqu’à dix heures, puis je me suis assoupi jusqu’à minuit. Réveillé par de terribles douleurs d’estomac j’ai pris une cuillerée à café de sirop de Lauriers-cerises. Les douleurs sont devenues subitement intolérables. Et j’ai passé la nuit à me tordre dans mon lit que je ne quitterai probablement pas aujourd’hui.
Je suis désolé.
Je voudrais retourner à Divonne mais je suis incapable de prendre un train.
Maupassant