Publication : Maupassant Guy de, Correspondance, tome III, p. 309, édition établie par Jacques Suffel, Le Cercle du bibliophile, Évreux, 1973, avec notes de l’auteur.
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De Laure de Maupassant
à Alexandre Dumas fils

Villa des Ravenelles.
140, rue de France, Nice,
le 5 nov. 1892.
Monsieur,
Vous dire merci n’est pas assez pour tout ce que vous faites pour mon cher fils Guy. Sachez du moins que c’est un grand élan de reconnaissance qui me porte à vous écrire, et que je comprends toute la valeur de l’immense service que vous voulez bien rendre au pauvre garçon. Il vous aimait et vous admirait si profondément que votre nom revenait toujours dans nos longues conversations et il m’avait fait voir en vous autre chose encore qu’un maître de premier ordre : un ami dont le cœur était sans prix.
Sous votre illustre patronage, la petite comédie fera son chemin1, et la famille du pauvre malade vous devra d’entendre encore une fois acclamer son nom. — Hélas, il n’est guère d’adoucissement au profond chagrin qui m’accable ; mais est-ce une illusion ? — Il me semble qu’une petite lueur va surgir, et que des jours meilleurs suivront ces jours de deuil. Le Dr Blanche n’est pas sans espoir, et vous allez peut-être nous porter bonheur de toutes les façons.
Si mon cher fils Guy pouvait aller lui-même vous remercier et vous serrer les deux mains ! — Quel rêve !
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes meilleures et de mes plus affectueuses pensées.
Laure de Maupassant

1 La Paix du Ménage, comédie en deux actes, créée à la Comédie-Française, le 6 mars 1893, avec pour interprètes Julia Bartet, Le Bargy et Worms. Le succès fut très vif.