Du docteur Aubé
à Franklin Grout
Mon cher Franklin,
Mon pavillon d’Étretat étant à 100 mètres de celui de Maupassant, j’ai eu bien fréquemment l’occasion de le voir ou de causer avec lui de l’état de sa santé.
Fils d’une mère atteinte toute sa vie de la maladie dite de Graves le fameux médecin de Dublin, ce sont les yeux qui ont commencé à le tourmenter. Madame Camentron et ma femme étant elles-mêmes exophtalmiques je suis très au courant de cette maladie et lui expliquais à sa grande stupéfaction tout ce qu’il devait éprouver et éprouverait par la suite.
Il en conçut même contre ceux qui n’avaient pas porté le diagnostic une certaine animosité dont un de ses romans est un peu l’écho
1.
Au lieu de modifier sa vie dans le calme et le repos il n’a fait depuis cette époque que se surmener moralement et physiquement. Bref son grand sympathique
2 fait aussi mal sa fonction qu’il est possible de se l’imaginer. Si au lieu de perdre un peu de sang il en avait perdu un litre j’estime qu’il aurait fait un grand pas vers la guérison.
La saignée du pied avec des douches au maximum de pression sont ce qui m’a réussi le mieux pour ma femme. Elle entrait à la douche chez Battentuis avec 125 pulsations et sortait 10 minutes après avec 80 à 85.
Dans cette maladie le sang arrive bien aux capillaires mais ne s’en retourne pas au cœur ce qui cause un affolement de cet organe.
Il est donc justiciable de la saignée des douches et du bromure de potassium et de l’eau de laurier cerise à haute dose. Voilà la cuisine dont je me suis toujours admirablement trouvé pour ma femme. C’est donc un malade et non un aliéné.
Je vous serre bien amicalement la main.
Docteur Aubé 15 rue de la prison Rouen |