De V. Moeller
| Copenhague le 12 janvier 1892 |
Je lis dans « Le Temps », qu’un médecin aurait offert du vin au malade Mr. Maupassant, mais que celui-ci a eu l’heureux instinct de le refuser.
Permettez, Monsieur, à un vieux abstenentier de prononcer l’avis que les boissons fortes de toute espèce, la bière comprise, étant dangereuses pour les têtes faibles, soient du venin pour les malades de cerveaux.
J’ai un client, ancien pasteur, dimi?té d’une maison d’aliénés il y a plus de 13 ans. Les médecins déclarèrent qu’il reviendrait. D’après mon conseil, il s’est abstenu des boissons fortes, et il n’est pas encore retourné à la folie. Les avantages de l’abstinence, assez reconnues en Angleterre, Amérique et Scandinavie, sont trop inconnues en France. L’usage même modéré des alcohols est l’origine de toutes sortes de maladies et de crimes et rend l’esprit belliqueux, comme les Français. Les abstinents sont généralement pacifiques, amis de paix et d’une forte santé.
Pourtant je ne prêcherai ici l’abstinence ; je voudrais seulement appeller l’attention des médecins de la santé de l’esprit sur le rapport entre l’alcohol et l’état du cerveau.
Resp. Avocat V. Moeller Skindergade 42, 1 |